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Articles avec #folie tag

Pour en finir avec l'antipsychiatrie

Publié le par Philippe Le Bihan

Bien que ce blog soit dédié à la philosophie, il faut néanmoins reconnaître les torts, sinon totaux du moins partiels, d'une pratique de la philosophie détachée de la réalité et de l'interrogation du vécu des sujets - et non plus objets - considérés.

Si l'antipsychiatrie a raison quant à sa vision de l'asile psychiatrique, elle a néanmoins dérivée vers une idéologie quasi-mystique de la folie.

Elle rejoint sans vouloir se l'avouer une vision ancestrale du Fou Sacré; le fou étant médium entre notre réalité et une réalité autre, invisible aux yeux du commun des mortels, et donc la folie serait en ce sens une épiphanie du divin ou des divins c'est-à-dire incarnation en la personne du fou d'un transcendant sacré de l'ordre du divin.

Vision romantique, idéalisée et naïve de la folie douce. Le fou aurait presque de la chance de l'être car il n'aurait pas besoin de drogues pour s'éclater et avoir des trips!

Mais doit-on rappeler que s'il y a de bons trips, il y a également de mauvais trips. Et qu'un mauvais trip qui dure 24h/24 et 7j/7 de manière ininterrompue est on ne peut plus insupportable. C'est alors que vient la nécessité du traitement psychiatrique.

Non pas afin de "normaliser", ce qui s'avère souvent impossible, mais à tout le moins afin de chasser le mauvais trip.

Je dirais que ceux qui s'opposent aux traitements médicaux pour tous les cas de psychose et/ou de folie n'ont jamais connu l'expérience de la folie.

Ce qui doit nous apparaître clair en observant un tant soit peu la vie urbaine principalement, est que la folie ou la psychose non traitée psychiatriquement aboutit à une marginalisation tant radicale qu'elle en devient désociabilisation, "SDFisation".

Le pire dans l'antipsychiatrie est de nier la souffrance que vit le fou, le psychotique préférais-je dire.

Mais je reconnais bien volontier que s'il y a des défaillances cérébrales qui doivent être traitées, parce qu'elles aboutissent soit à l'autodestruction (voire le suicide) soit à la destruction d'autrui (voire le meurtre), telles la schizophrénie, la paranoïa, la théomanie, la bipolarité; il y a également des défaillances cérébrales qu'il est inutile de pharmacologiser.

On ne peut comparer un schizophrène avec un trisomique 21. La trisomie 21 ne peut se traiter par des médicaments et, selon la vision psychosociale de la société qui entoure le trisomique, peut se révéler ne pas être un problème.

En effet, au Brésil notamment, le trisomique n'a pas une mentalité d'enfant de 7 ans comme le prétendent même les plus ouverts des psychologues (donc même les antipsychiatres) en Europe, mais mène une vie adulte normale, avec un travail normal rémunéré normalement, fonde famille et peut même avoir des enfants (qui seront de facto eux aussi trisomiques).

Quelle différence avec l'occident européen!

Bref, pour ce qui est des psychoses, l'antipsychiatrie se révèle un courrant néfaste voire utilitariste et idéologique en sa tendance marxiste, qui est habité par le mythe de la folie comme expérience numineuse, expérience du sacré.

Il n'en est rien, s'il y a expérience avec le sacré alors c'est avec quelques djinns ou démons; le psychotique souffre et n'a pas une nature joyeuse d'expérience de la vie décalée et extravertie comme s'il aurait un "bon trip" au LSD ou au Cannabis.

Que ce soit dit!

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