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Mourir pour des idées? Quelle drôle d'idée!

Publié le par Philippe Le Bihan

J'ai personnellement un passé de militant anachiste (plus précisément anarcho-syndicaliste), mais il faut croire que je n'étais pas assez fasciste que pour être un vrai anarchiste; ce qui me décida à quitter le mouvement sans cesser toutefois de me réclamer Anarchiste Royaliste. Vous comprendrez dans la suite pourquoi je dis que je "n'étais pas assez fasciste que pour être un vrai anarchiste".

Un jour quelqu'un, un jeune, demanda «qui est prêt à mourir pour ses idées?». Sur le moment je me mis à peser le pour et le contre comme si cette question avait un sens quelconque pour un véritable Libertaire (au sens étymologique du terme, c'est-à-dire la Liberté de pensée et d'acte en respect avec la liberté d'autruit, et même la liberté d'être con).

Il en fut bien un pour répondre tout de go: «moi!» et s'il fut le seul petit crétin à le faire c'est bien car nous n'étions que peu nombreux ce jour là.

Personnellement j'aime assez la sagesse de Léo Ferré ou d'un Brassens. Brassens chantais à ce propos: «Mourir pour des idées? Quelle belle idée. Mois, je suis mort de ne l'avoir point eue!» et Ferré: «Mourir pour des idées? Messieurs passez les premiers!».

En fait si on analyse bien cette question, demander «êtes-vous prêts à mourir pour vos idées» revient à demander en réalité «êtes-vous prêts à tuer pour vos idées», seule cette seconde question donnant un sens à la première: si je suis prêt à tuer, alors je dois me préparer à risquer de mourir car celui que je voudrai tuer devra se défendre et donc me tuer moi-même.

Donc, comme on le voit, la question de mourir pour des idées revient en fait à demander si l'on est prêt à tuer pour des idées. C'est en ce sens que je disais que je n'étais probablement pas assez fasciste que pour être un vrai anarchiste. Car tuer pour des idées, on l'a déjà fait: les Croisés, les nazis, etc.

On peut se faire la réflexion suivante: si ces idées sont bonnes nul doute qu'elles s'imposeront à tous d'elles-mêmes par le simple raisonnement. Si ce n'est pas le cas c'est que ma vision du bonheur n'a rien d'universelle mais n'est que personnelle. Alors à moi non pas seulement d'argumenter ma propre vision du bonheur social mais aussi d'écouter la vision qu'en ont les autres et à plus forte raison s'ils sont majoritaires, c'est-à-dire si leur idée du bonheur est partagée par presque tous.

Bien entendu une vision du bonheur partagée par presque tous ne signifie nullement que presque tous aient totalement raison, mais en tout cas signifie avec certitude qu'en de multiples points ils ont néanmoins, quoique j'en pense, très certainement raisons. D'où la nécessité de la culture du compromis.

Mais si l'on est pas prêt à mourir pour une idée, un concept, une idéologie, doit-on l'être pour la Nation, la Culture? Là je dirais: laissons ceux qui en tirent profit y aller les premiers, quand nous resterons entre gueux on trouvera certainement un moyen de s'arranger.

Enfin qu'en est-il de mourir pour son prochain? Là c'est à la conscience de chacun de résoudre le problème et cela se fait toujours en fonction du vécu. D'abord encore faut-il savoir qui est son prochain? Telles cultures n'admettent comme prochains que les gens qui pensent comme eux ou sont de la même origine qu'eux; d'autres admettent comme prochains tout être humain. Je suis partisan de la seconde définition.

Mais pourquoi quelqu'un à qui la vie n'a fait que très peu de cadeux, voire peut-être un ou deux cadeaux aussitôts enlevés, devrait se sentir obligé de mourir pour un ou une prochain(e) dont il sait de toute évidence par son vécu qu'il ou elle l'a ou l'aurait laissé dans la merde?

Et comme toujours la question de «mourir pour», se résume il faut bien s'en rendre compte dans la majorité des cas à «tuer pour».

C'est dans le pays démocratique le plus pauvre du monde que cette question est perçue de plus en plus sous cet angle: nul n'a obligation de mourir (donc parfois, voire souvent, de tuer) pour son prochain. Et ce pays est l'Inde.

Quoiqu'il en soit tout cela me semble une bonne base de réflexions.

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