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Vers quel modèle de laïcité?

Publié le par Philippe Le Bihan

En tout premier lieu, lorsqu’on parle laïcité, encore faut-il se demander ce que recouvre ce terme. Car force est de constater que selon les pays et les cultures, même occidentales, de grandes différences quant à l’entendement de l’application de la laïcité subsistent. Il y a deux grands courants au Nord : l’une germanique et anglo-saxonne, l’autre française. La Belgique jusqu’ici appartenait au premier courant mais force est de constater, en tout cas en Communauté dite Wallonie-Bruxelles, que la tendance va vers une copie sans réflexion du modèle français.

 

Mais à quand peut-on faire remonter l’idée de laïcité, sa pratique à tout le moins, non encore nommée mais pourtant bel et bien effective ? Aussi étonnant que cela puisse paraître, ce n’est pas la Révolution Française ni même la Renaissance ou encore l’émergence des Lumières qui sont les précurseurs de la pratique laïque.

 

Conçue selon la définition anglo-saxonne : le respect de toutes les religions devant vivre ensemble sur un même territoire en bonne entente, on peut dire que c’est en plein Moyen-Âge sous l’Andalousie musulmane que se concrétise la première société laïque. De fait l’envahisseur musulman ne demanda ni aux juifs ni aux chrétiens déjà installés en cette partie Sud de l’Espagne de se convertir à l’islam mais bien au contraire fit coexister les Religions du Livre et même intégra des chrétiens et des juifs à l’administration du nouvel État.

 

Inutile de faire une longue prose sur le faste intellectuel de cette époque, tous ceux qui s’y intéressent le connaissent. Disons simplement que lettrés et scientifiques musulmans, juifs, chrétiens travaillaient ensemble non seulement sur base des savoirs accumulés par leur religion respective mais également sur base de savoirs provenant d’athées (les grecs) et de paganistes (les hindous et les bouddhistes).

 

Pour cette seule raison on peut clairement affirmer que sans l’Andalousie musulmane et sa rivalité intellectuelle avec Bagdad, il n’y aurait pas eu d’Humanisme et de Renaissance dans l’Europe chrétienne bien des siècles plus tard.

 

Ceci pour ce qui est de l’acception anglo-saxonne (et qui fut longtemps celle de la Belgique) de la notion de laïcité.

 

Force est de constater une nouvelle conception de la laïcité, venue de France et voulant s’imposer à l’Europe. Celle-ci conçoit la laïcité en tant qu’effacement de toute évocation, signe, symbole religieux dans l’espace public entendu au sens large, c’est-à-dire finalement somme toute la doctrine de l’athéisme imposé dans les lieux publics au sens large.

 

Le lieu public est qualifié ici d’au sens large car nous voyons bien qu’en France le domaine du lieu public tend à s’étendre à tout espace accessible aussi bien en totalité que partiellement. Ainsi on passe de l’école au lieu de travail (nous y reviendrons) ; pour en finir où ? Englober la rue ?

 

Pour ce qui est du lieu de travail, on a vu dernièrement en France mais aussi en Belgique de plus en plus de travailleuse licenciée pour port du voile. Cela n’a causé aucun remous et même peut-être certains pseudo-chrétiens auraient ricanés. Pourtant la portée de tels licenciement est loin de se limiter au seul monde musulman. Il a commencé certes par là, mais principe d’égalité oblige juifs et chrétiens en seront les prochaines victimes.

 

Que dira le chrétien d’extrême-droite, qui avait rigolé de la musulmane voilée renvoyée de son boulot, lorsque son DRH le convoquera dans son bureau pour lui dire « vous avez d’excellents états de services mais malheureusement votre crucifix là, décidément non ça ne passe pas très bien » ?

 

Je ne vais pas analyser ici ce qui pousse dans nos sociétés à ce fait d’athéisme imposé, je l’ai déjà fait ailleurs, mais je rappellerai néanmoins le dogme néo-libéral exprimé fin des années 1990 : il ne faut aucun obstacle aux libres échanges marchands, ni État ni Morale. Et clairement quelqu’un qui affiche ou tient à afficher sa religion obéi plus à la morale qu’aux besoins de son entreprise qui souvent sont pour faire du bon marketing contraires à toute morale.

 

Bon, une fois énoncé les principes des deux grands courants de la laïcité, sans vouloir porter de jugements moraux, portons simplement un jugement sur l’efficacité culturelle et même commerçante de ces deux modèles comparés l’un à l’autre.

 

Dans tous les pays pratiquant la laïcité comme respect de toute religion, on restera admiratif devant leur architecture futuriste, leur urbanisme innovateur, le foisonnement d’idées et la créativité. C’est le cas des USA et de la Grande-Bretagne.

 

Dans les pays pratiquant la laïcité comme effacement de toute religion, depuis le moment où ils se mirent à la pratiquer comme telle, on restera consterné par l’appauvrissement culturel. Une architecture faite de cubes et de rectangles, un urbanisme puant l’artificiel et clairement non intégré à l’environnement social de départ des quartiers qu’il touche, la fuite des élites intellectuelles à l’étranger, etc.

 

Finalement si le dogme de la non morale satisfait l’ultra-libéralisme, il ne saurait satisfaire les états. Mais n’oublions pas que l’autre item du dogme ni morale est justement ni état !

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