Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Éponge morte!

Publié le par Philippe Le Bihan

Malheur sur moi! Qu'est-il advenu de ma plume? La voilà que n'inspire plus même la Lune! Et pourtant comme je voudrais écrire encore et encore des mots qui à défaut d'être beaux seraient autant de grelots à mes folies...

Me voilà pris au piège de l'intellectualisme, moi, oui moi qui critiquait les "intellocrates". Mais être intellectuel n'est point être intellocrate me direz-vous peut-être si vous avez un tant soit peu pitié de moi. Certes non, mais c'est être dépossédé de la beauté du Verbe au profit d'un cogito sec et abrupt.

C'est qu'il me manque une raison de ne pas vouloir détruire; donc une raison de vouloir construire. Evidemment: c'est d'une Muse dont je serais la Lune qu'il me manque.

Ah une Muse... C'est que je suis exigeant. Je n'en veux point une imaginaire ni une virtuelle mais bien de chair et d'os et qui sache me corriger, me maltraiter, me fouetter si besoin en est mais aussi me sourire, me regarder, m'embrasser, me faire rire.

On ne peut donner, tel l'éponge, que ce que l'on reçoit. Oui, l'âme n'est qu'une énorme éponge qui absorbe, assoiffé par le désert de sa propre existence, tout ce qu'elle rencontre, tous les mots et tous les maux, toutes les tendresses et tous les coups. Puis, la nuit tombée et bien avancée, le Poète écrase et tord son âme, il en rejette sous forme de vers ou de proses tout ce qu'elle a accumulé.

Devrais-je arrêter de lire ces bouquins théoriques? Pourtant les grecs anciens plaçaient la philosophie et la poésie sous un pied d'égalité, plus encore, comme deux faces d'une même monnaie.

Ou bien mon éponge s'est-elle asséchée au soleil brûlant du nihilisme, du cynisme et du scepticisme?

Que de mots pour définir l'immatériel... Mais quand je tente de parler du matériel, est-ce possible de le faire sans passer par l'immatériel, ne fut-ce que celui de mes sentiments? Et des sentiments, cela est-il aussi immatériel que cela?

Que faire? Abandonner les lectures théoriques pour me plonger dans celle d'un Charles Baudelaire? Mais alors ne serais-je pas tenté de le copier? Quoique pour le copier faut déjà se lever de bonne heure, l'heure à laquelle en général je me dis que je ferais mieux d'aller dormir.

Je crois bien que je suis une éponge morte, qui n'avale ni ne rend!

Commenter cet article